Caractéristiques des UV en cabine

 

UV solaires ou en cabine : identiques par nature donc complémentaires.

 

Les UV produits par le soleil ou par une lampe sont de même nature et induisent le même type d’effets sur notre organisme (bronzage, synthèse de vitamine D, coup de soleil). Cependant, les lampes UV ont une émission d’UV connue et fixe, alors que le soleil est une source extrêmement variable d’UV.

 

En effet, la composition et l’intensité du rayonnement UV du soleil varie considérablement suivant (WHO Global Solar UV Index 2002)1
• la saison
• la latitude
• l’altitude
• la hauteur du soleil sur l’horizon (effet filtrant de la couche atmosphérique)
• la couche d’ozone
• la couche nuageuse
• la pollution
• la réflexion du sol.

 

Ainsi, les UV émis par le soleil ou par des lampes diffèrent dans leur répartition (UVA / UVB), leur intensité et leur durée d’exposition, ce qui peut expliquer qu’on n’aura pas les mêmes délais pour obtenir un effet comme le bronzage par exemple.

 
En s’exposant au soleil, selon les circonstances, on risque un coup de soleil en 2h20 ou en 12 minutes ! Avec une lampe, un professionnel sait - et doit impérativement - déterminer la durée maximale d’une séance pour vous éviter tout érythème (« coup de soleil »).
Le tableau suivant indique les unité érythémales (SED)* que l’on peut recevoir du soleil selon sa puissance au moment où on s’expose (Afssaps mai 2005)2.



Pour les cabines de bronzage, la composition UVA/UVB et l’intensité des lampes est fixée par le fabriquant, dans le respect de la réglementation, et les machines sont développées pour éviter tout risque d'érythème quand elles sont correctement utilisées.
Pour contrôler le risque de « coup de soleil » (érythème actinique), il suffit de contrôler le temps d’exposition. Ainsi, après exposition en cabine UV dans de bonnes conditions, lors de séances contrôlées par un professionnel, on ne doit pas observer d’érythème actinique (Afssaps UV mai 2005).

Enfin, la disponibilité des UV n’est pas la même pour le soleil et les cabines :
• le rayonnement UV solaire est très variable selon la saison : ainsi, en France, les rayonnements UVB indispensables à la synthèse de vitamine D sont fortement présents en été et sont pratiquement absents 4 à 6 mois par an
• le rayonnement UV en cabine est par nature constant, reproductible et disponible en toutes saisons.

* La Dose Minimale Erythémale (DEM) ou Standard Erythemal Dose (SED) est la dose qui produit chez un individu et sur une surface définie, un érythème juste perceptible (à bords nets)2

 

 

UV en cabine et risque de mélanome

 

Le lien entre utilisation de cabines UV et mélanome est l'objet de débats et de données contradictoires. La publication de l’IARC en 2006 a retrouvé un lien3. Une grande étude anglaise parue en août 2011 conclut que, en Angleterre, pays où l’utilisation des cabines UV est largement répandue, le bronzage en cabine n’est pas associé à un risque accru de mélanome (Elliott 2011)6. Ceci illustre la diffculté a étudier le lien entre cabines UV et mélanome : les facteurs qui influencent la survenue d'un mélanome sont nombreux (risque génétique, phototype, coups de soleils sévères dans l'enfance, présence de naevus,…). Il faudrait pourvoir les isoler pour connaitre le rôle exact d'une exposition aux cabines UV.

 
La « méta-analyse » de 19 études publiée en 2006 (IARC 2006)3, conclut que « le fait d’avoir utilisé au moins une fois dans sa vie un lit de bronzage UV est associé à une fréquence accrue de mélanome ». Le « risque relatif » calculé est de 1,15.
Comme toutes les études, celles-ci a également des limites et doit être interprétée avec prudence  :
• Cette publication retrouve une association entre l’usage d’une cabine UV et une fréquence accrue de mélanome. En aucun cas il n’est évoqué un lien de cause à effet.

• Il ne s’agit pas d’une étude clinique mais d’une analyse globale de 19 études cliniques très disparates. Certaines de ces études montrent que l’utilisation des cabines UV est associée à une augmentation de la fréquence du mélanome, d’autres montrent qu’au contraire l’usage des cabines UV est associé à une réduction de la fréquence de mélanome. Il est toujours difficile de dégager des conclusions définitives à partir de résultats aussi dissemblables. Plus les groupes comparés diffèrent sur de nombreux critères (ce qui est le cas avec ces 19 études disparates), plus le risque que des facteurs de confusion aient influencé les résultats est grand, et plus le niveau de preuves de la conclusion tirée est faible (Prescrire 2009)5.
• L’analyse ne tient pas compte du nombre de personnes à risque accru de mélanome (phénotype 1). Quand on retire les études avec une forte proportion de phénotype 1 (personnes qui ne bronzent pas, sont à risque de mélanome et ne devraient normalement pas s’exposer aux UV), le risque disparaît. (Grant 2009)4.
• Les personnes qui fréquentent les cabines UV (par exemple pour préparer des vacances sous les tropiques) sont aussi fréquemment les personnes qui s’exposent le plus au soleil. Alors, le risque présumé est-il lié aux cabines ou à l’excès de soleil ? Seules des études très poussées, receuillant des données précises sur l'exposition solaire et en cabine, pourraient permettre de trancher.
• La latitude n’est également pas prise en compte, c’est pourtant une variable majeure quand on étudie le mélanome.

L’IARC elle-même, en 1992 déjà, reconnaissait l’importance de tenir compte des facteurs de confusion quand on étudie les relations entre UV et mélanome : (IARC Monograph 55 1992)

« Les études résumées dans ce document montrent qu’un ensemble de caractéristiques individuelles sont en relation avec le risque de mélanome, incluant origine éthnique, couleur de la peau et des cheveux, et – important – une tendance à brûler ou à bronzer, souvent appelée phototype. Ces facteurs peuvent être considérés comme reflétant la susceptibilité génétique aux effets cutanés de l’exposition au soleil, et outre la preuve indirecte du rôle de l’exposition au soleil qu’ils suggèrent, devraient être  considérés comme des facteurs de confusion quant à une relation entre exposition solaire et mélanome ».

 

Il est donc scientifiquement difficile d'établir un lien entre cabines UV et mélanome. Chez les utilisateurs il faut cependant prôner la modération, exclure impérativement les personnes à risque (mineurs, phototype 1). L'IFSS a créé dans ce but une charte et un "Diagnostic Solaire" incitant les utilisateurs et les professionnels des cabines UV à mieux connaitre les facteurs de risques et à s'informer auprès de professionnels de santé.

 

 

UV en cabine et synthèse de vitamine D

 

La faible proportion d’UVB délivrée par les cabines UV modernes est suffisante pour stimuler la synthèse de vitamine D par notre peau en quelques minutes. Comme c’est aussi le cas avec le soleil, il n’y a aucun risque de surdosage en vitamline D, car passé un certain seuil le surplus de vitamine D est détruit par les UV.

 

Une étude a démontré en 2009 que même la faible proportion d’UVB présente dans les cabines actuelles  dites « UVA » est largement suffisante pour apporter à l’utilisateur des taux estivaux de vitamine D (Moan 2009)7.

Les résultats démontrent qu’une exposition modérée, non érythématogène (= n’entraînant aucun coup de soleil), 2 fois par semaine permet d’augmenter efficacement le taux de vitamine D chez les utilisateurs.

Plusieurs phénomènes rendent intéressant le recours aux UV comme source de vitamine D :
• Seules les personnes présentant un déficit bénéficient d’une augmentation de leur taux de vitamine D sous l’effet des séances d’UV. Les personnes ayant des taux normaux de vitamine D n’ont qu’une faible augmentation de ceux-ci.
• On constate avec les cabines UV le même phénomène régulateur observé avec le soleil : contrairement à ce qu’on peut observer avec la prise orale de vitamine D, on ne peut pas avoir de surdosage en vitamine D lors d’une exposition aux UV, car le surplus de vitamine D produite dans la peau est détruit par les UV. (OMS 2008) 
• Enfin, on constate que les taux de vitamine D générés par les UV en cabine persistent plusieurs semaines : la vitamine D produite par la peau sous l’effet des UV (solaires ou cabine) persiste dans le sang environ 2 fois plus longtemps que celle qui est apportée par l’alimentation (Holick 2011)6.

Il est donc possible de compter, dans la recherche d’une exposition « optimale » et modérée aux UV, tant sur le soleil que sur les cabines UV. Leurs effets se cumulent et se complètent, et le recours aux cabines UV est une alternative chaque fois que l’exposition solaire :
• est déficiente (saison, latitude, météo,…)
• impossible (mode de vie, contraintes vestimentaires,…)
• ou non désirée.

 

 


 

1. WHO Library Cataloguing-in-Publication Data. Global Solar UV Index: A Practical Guide. 2002. A joint recommendation of the World Health Organization, World Meteorological Organization, United Nations Environment Programme, and the International Commission on Non-Ionizing Radiation Protection. ISBN 92 4 159007 6.
2. Afsse, InVS, Afssaps – Ultraviolets - Etat des connaissances sur l’exposition et les risques sanitaires – Mai 2005.
3. International Agency for Research on Cancer Working Group on artificial ultraviolet (UV) light and skin cancer. The association of use of sunbeds with cutaneous malignant melanoma and other skin cancers: A systematic review. Int J Cancer. 2007 Mar 1;120(5):1116-22.
4. Grant W. Critique of the International Agency for Research on Cancer’s meta-analyses of the association of sunbed use with risk of cutaneous malignant melanoma. Dermato-endocrinology 2009;1(6): 294-9.
5. Facteurs de confusion: sources de biais majeurs = Confounding factors and bias risks in statistical studies. La Revue Prescrire 2009;29(310):618-20.
6. Elliott F, Suppa M, Chan M, Leake S, Karpavicius B, Haynes S, Barrett JH, Bishop DT, Newton-Bishop JA. Relationship between sunbed use and melanoma risk in a large case-control study in the United Kingdom. Int J Cancer. 2011 Aug 5. doi: 10.1002/ijc.26347. [Epub ahead of print]
7. Moan J, Lagunova Z, Cicarma E, Aksnes L, Dahlback A, Grant WB, Porojnicu AC.Sunbeds as vitamin D sources. Photochem Photobiol. 2009 Nov-Dec;85(6):1474-9.