LA VITAMINE D

 
 

La vitamine D est en fait… une hormone ! Notre organisme la produit sous l’effet du rayonnement solaire et elle agit sur la plupart des cellules de notre corps.

  
La vitamine D (ou plus exactement sa forme active 1,25-dihydroxyvitamine D) est une sorte d’interrupteur activant ou désactivant des gènes dans presque tous les tissus de l’organisme et régulant ainsi de nombreuses fonctions pour nous maintenir en bonne santé (Tavera-Mendoza 2008)1.
 
On n’en finit pas de découvrir la vitamine D, son origine, sa nature et ses effets.
 

• Contrairement aux idées reçues la source majeure de vitamine D n’est pas alimentaire : ce sont les UV qui fournissent 90 à 100% de notre vitamine D en déclenchant sa synthèse par notre peau (Holick 2003)2. Les aliments en contiennent peu (Esterle 2011)3.
• Au sens strict, la vitamine D n’est donc pas une vitamine, car après une exposition modérée aux rayons ultraviolets B, nous n’avons plus besoin d’en absorber. On sait aujourd’hui qu’il est plus approprié de la considérer comme une pro-hormone, mais le terme « vitamine D » est trop fortement ancré dans les esprits pour pouvoir le changer.
• Contrairement à ce qu’on pensait par le passé, ses effets dépassent très largement la prévention du rachitisme. Elle est en effet capable d’agir sur de nombreux tissus de l’organisme et d’influencer : la prolifération et la différenciation cellulaires, l’apoptose («mort » cellulaire qui serait un mécanisme de défense contre les tumeurs), les sécrétions d’insuline (diabète) et de rénine (tension), la production d’interleukines et la bactéricidie (défense contre les infections). Des données épidémiologiques et expérimentales sont en faveur d’un rôle protecteur de la vitamine D contre les cancers, le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires, auto-immunes, infectieuses, rénales et le déficit musculaire. Quelques études d’intervention confirment certains de ces effets (Courbebaisse 2010)4.

 
 

Notre taux de vitamine est mesurable par une simple prise de sang. Néanmoins cet examen n’est aujourd’hui indiqué que dans certaines circonstances.

 
Comme la vitamine D est produite essentiellement sous l’action du soleil, on ne peut pas, comme pour d’autres vitamines, estimer si on en manque en calculant nos apports alimentaires. Il faut donc, pour connaître notre « statut vitaminique D » la doser par une prise de sang. On ne la dose pas directement, mais une de ses formes, la 25-hydroxy-vitamine D [25(0H)D].
La mesure du taux de 25(0H)D est aujourd’hui une méthode très fiable pour évaluer les réserves de vitamine D à l’échelon individuel (Audran 2010)5
Néanmoins, des questions demeurent dans la pratique clinique quotidienne. Elles concernent les seuils considérés comme normaux ou plus exactement «souhaitables». Le seuil de 75 nmol/L est actuellement proposé comme une référence en termes de bénéfice osseux, mais des taux supérieurs pourraient être nécessaires pour l’obtention de certains effets extra-osseux.
En utilisant un seuil proche (78 nmol/L), Chapuy et al. ont établi que 75 % des adultes français ont une insuffisance vitaminique D en hiver (Chapuy 1997)6.
 
 
Variations de taux sanguins de 25(OH)D selon les saisons
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Cette courbe réalisée chez nos voisins anglais montre clairement que c’est le soleil qui rythme notre stock de vitamine D. En Angleterre,  87% des adultes ont une insuffisance en vitamine D en hiver et au printemps (Hypponen 2007)7.
 
 

Une bonne alimentation suffit-elle à couvrir nos besoins en vitamine D ?

 
Non, les aliments sont pauvres en vitamine D. Seuls 10% de notre vitamine D provient de l’alimentation. 90% de notre vitamine D est produite par la peau sous l’effet des rayons UV.
Il est difficile de couvrir par l’alimentation le déficit en Vitamine D dû à une sous-exposition aux UV. L’alimentation, qui est la source alternative de vitamine D, ne peut représenter qu’un apport très minoritaire.  Mis à part les poissons gras, peu d’aliments contiennent naturellement de la vitamine D et il y a peu en France d’aliments enrichis en vitamine D (Le Goaziou 2009)8, (Holick 2011)9.
Il faut donc souligner qu’une alimentation équilibrée avec consommation de produits riches en vitamine D tels que poissons gras, beurre et œufs, ne suffit pas à couvrir les besoins de vitamine D et qu’une exposition solaire adéquate est indispensable (Chaine 2008)10.
 
Il faudrait manger 22 œufs par jour pour couvrir nos besoins minimaux en vitamine D par l’alimentation…
 
Apports en vitamine D par les aliments
  Ration quotidienne nécessaire pour couvrir les besoins Ration hebdomadaire nécessaire pour couvrir les besoins
Huile de foie de morue 1,5 cuillère à café  10,5 cuillères à café
Girolles 12 portions de 60 g  84 portions de 60 g
Hareng au vinaigre 2 portions de 60 g  14 portions de 60 g
Sardines à l'huile  20 sardines  140 sardines
Oeuf dur 22 oeufs moyens  154 oeufs moyens
Foie de veau 50 tranches de 100 g  350 tranches de 100 g
Beurre 5 plaquettes de 250 g  35 plaquettes de 250 g
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Briot 200911 d’après Afssa 200112 et INRA 199513
 



1. Tavera-Mendoza L, White J. La vitamine du soleil. Pour la Science - n° 365 mars 2008.
2. Holick F. Vitamin D : a millenium perspective. J Cell Biochem 2003;88:296-307.
3. Esterle L. Vitamine D - des insuffisances à éliminer. Pour La Science- n° 405 juillet 2011.
4. Courbebaisse M et al. Effets non osseux de la vitamine D. Med Sci (Paris) ; 2010 Apr ;26(4):417-21.
5. Audran M, Briot K. Analyse critique du déficit en vitamine D. Revue du rhumatisme 2010;77:139–143.
6. Chapuy MC, et al. Prevalence of vitamin D insufficiency in an adult normal population. Osteoporos Int. 1997;7(5):439-43.
7. Hyppönen E, Power C. Hypovitaminosis D in British adults at age 45 y- nationwide cohort study of dietary and lifestyle predictors Am J Clin Nutr 2007;85(3):860-8.
8. Le Goaziou M, Dupraz, C, Martin A, Martinand N, Quinault P, Schott AM, Laville M, Contardo G. L’hypovitaminose D chez les femmes jeunes : une réalité sous-estimée. Cah Nut Diet 2009;44(6):264-72.
9. Holick MF, Binkley NC, Bischoff-Ferrari HA, Gordon CM, Hanley DA, Heaney RP, Murad MH, Weaver CM. Evaluation, treatment, and prevention of vitamin d deficiency: an endocrine society clinical practice guideline. J Clin Endocrinol Metab. 2011;96(7):1911-30.
10. Chaine B. Carences vitaminiques. Mise à jour 2008-11. Thérapeutique dermatologique. http://www.therapeutique dermatologique.org/article.php?article_id=48
11. Briot K, Audran M, Cortet B, Fardellone P, Marcelli C, Orcel P, Vellas B, Thomas T, Roux C. Vitamine D: effet osseux et extra-osseux ; recommandations de bon usage. Presse Med. 2009;38:43-54.
12. Afssa. Les apports nutritionnels conseillés pour la population française. 3e édition. Paris : Editions TEC 1 DOC ;2001.
13. INRA. Répertoire général des aliments. Table de composition. 2e édition. Paris : Editions TEC 1 DOC ;1995.