Article mis en ligne le 25/04/2012.

Déficit en vitamine D : 80 % des français devraient s'exposer davantage au soleil


L'IFSS le proclame depuis sa création : les français souffrent d'un déficit d'exposition aux UV solaires avec la consquence de taux de vitamine D insuffisants pour la majorité d'entre nous. Cette affirmation est à nouveau appuyée par les résultats d'une étude scientifique : 80% des adultes résidant en France métropolitaine présente une insuffisance vitamine D, 43% un déficit modéré à sévère et 5% un déficit sévère.

 


 
L'Institut de Veille Sanitaire a publié dans son Bulletin épidémiologique du 24 avril les résultats d'une grande enquête nationale (ENNS, l’Étude nationale nutrition santé, réalisée en 2006-2007). Les auteurs ont décrit précisément la fréquence du déficit en vitamine D en France et les personnes les plus particulièrement touchées.
 

Les résultats confirment que l'insuffisance de vitamine D est un problème de santé publique en France

  • 80% des adultes ont une insuffisance vitamine D, c’est à dire que leur taux sanguin (dosage de 25-hydroxy-vitamine D) est en-dessous du seuil considéré comme normal (30 ng/mL)
  • 43% un déficit modéré à sévère (inférieur à 20 ng/mL)
  • 5% un déficit sévère (inférieur à 5 ng/mL), chiffre à lui seul très inquiétant car il s’agit de niveaux entraînant chez l’adulte une maladie osseuse sévère (l’équivalent du rachitisme chez l’enfant), et qui concerne donc près de 2 millions et demi de français.
 

Le déficit en vitamine D comporte de nombreux risques pour la santé

La vitamine D joue un rôle majeur dans la minéralisation osseuse et un déficit en vitamine D est associé au risque de défaut de minéralisation osseuse (ostéomalacie), d’ostéoporose et de fractures. Ce risque de fracture est encore aggravé par la faiblesse musculaire liée au déficit en vitamine D, à l’origine de chutes notamment chez les personnes âgées.
La vitamine D joue également jouer un rôle protecteur contre l’hypertension artérielle, les maladies cardiovasculaires et certains des cancers les plus fréquents en France  (cancer du côlon, du sein et de la prostate). Il a récemment été démontré qu’un défaut de vitamine D entraînait un risque accru de sclérose en plaques et explique la plus grande fréquence de cette maladie dans le nord de la France.

 

Augmenter notre exposition au soleil : une solution de bon sens

Notre vitamine D provient essentiellement des ultraviolets B qui stimulent sa synthèse par notre peau. Une alimentation, même équilibrée ne suffit pas à combler un déficit en vitamine D, car très peu d’aliments en contiennent suffisamment.
Il n’est donc pas surprenant de constater que les personnes qui ont les meilleurs taux de vitamine D sont celles qui s’exposent davantage au soleil (dans leur travail ou lors de la pratique d’activité physiques en extérieur).
Il y a cependant une limite à l’efficacité de l’exposition solaire : à la latitude de la France métropolitaine, les conditions d’ensoleillement nécessaires (quantité d’ultraviolets arrivant sur terre) pour la production de vitamine D ne se rencontrent qu’entre les mois de juin et octobre.
Il est donc nécessaire d’envisager d’autres solutions pour combattre le déficit en vitamine D qui est encore accru en hiver et notamment dans les régions moins ensoleillées :
-        l’enrichissement artificiel de certains aliments ou le recours à des médicaments à base de vitamine D (comme c’est déjà le cas chez l’enfant et la femme enceinte), mais de façon maîtrisée car le risque d’intoxication par la vitamine D existe quand elle est apportée par voie orale
-        le recours à des UV artificiels, chez les personnes ne présentant pas de contre-indication ou de facteur de risque de cancer cutané, est cité dans certaines études scientifiques. Une équipe de dermatologues vient de démontrer dans une étude publiée en février 2012 dans le « British Journal of Dermatology « (Bogh MK, 2012) qu’une séance d’UV en cabine toutes les deux semaines permettait de maintenir tout l’hiver un taux suffisant de vitamine D.
 

 

Cette nouvelle actualité scientifique conforte la position de l’IFSS : on peut lutter contre le déficit en vitamine D et prôner une exposition modérée aux UV solaires, tout en rappelant les risques d’une exposition excessive chez les personnes ayant des facteurs de risque de cancer cutané.
 
Cette position de bon sens est celle d’autres pays tels que l’Australie, l’Angleterre, la Nouvelle Zélande,  qui ont récemment adapté leurs messages de santé publique.
Espérons que la France ne sera pas comme d’habitude à la traîne en matière de prévention. Rappelons que le déficit en vitamine D solaire est suspecté d'aggraver le risque des 3 principaux cancers qui touchent les français, d’augmenter le risque de diabète, de sclérose en plaques, de maladies cardiovasculaires et de chutes avec fractures chez les personnes âgées..
 

Espérons que les autorités de santé répondront à nos messages,

avant que n’éclate le « scandale de la vitamine D ».

 
 
 
Références :
  • Vernay M. Statut en vitamine D de la population adulte en France - l’tude nationale nutrition santé. BEH 16-17;24 avril 2012.
  • Bogh MK, Schmedes AV, Philipsen PA, Thieden E, Wulf HC. A small suberythemal ultraviolet B dose every second week is sufficient to maintain summer vitamin D levels- a randomized controlled trial. Br J Dermatol. 2012 Feb;166(2)-430-3.