Cancer et UV : pas si simple !

 
 
La France (et la plupart des pays industrialisés)  dispose de statistiques fiables sur les cancers région par région. Il est ainsi possible d’observer l’effet de la latitude sur les taux d’incidence et de mortalité par cancer et de voir s'il existe un lien avec l'ensoleillement.
 
Grant et al. ont montré que l’incidence des cancers (hors poumon, majoritairement lié au tabagisme) était corrélé à la latitude, que ce soit en France ou aux USA (Grant 2010). En d’autres mots, plus ont vit au nord, plus le risque de cancer est élevé.
 
Ensemble des cancers (sauf cancers du poumon) en fonction de la latitude.
Résultats présentés pour les femmes aux Etats-Unis entre 1950 et 1969 (points)
et pour les femmes en France entre 1998 et 2000 (carrés)
 

 
L’origine d’une semblable corrélation aux Etats-Unis, au Japon, en Australie, en Espagne et en Chine a été attribuée à la variation des doses d’UV B suivant la latitude.(Grant 2010)1.
 
 

La mortalité par cancer en France suit un net gradient sud-nord

 

Dans son rapport de mai 2006 la FNORS (Fédération nationale des observatoires régionaux de la santé) analyse la situation comparée des régions de France métropolitaine pour plusieurs localisations cancéreuses, à partir des données issues de quatre grandes sources (les statistiques de mortalité́, établies par l’Inserm, les estimations d’incidence, réalisées pour la Fnors, les admissions en ALD, le PMSI). (FNORS 2006)2.

 
L’analyse en parallèle des différentes données épidémiologiques pour les cancers toutes localisations confondues, montre qu’il existe dans l’ensemble un net gradient de mortalité avec des taux allant croissant entre le sud et le nord du pays. Ce gradient est retrouvé pour la mortalité et l’incidence des cancers.
 
 
 
 
 
Malgré les progrès considérables en matière de dépistage et de traitement, les inégalités régionales face au cancer ne se sont pas sensiblement réduites entre 1980 et 2000.
 
 

L’incidence et la mortalité par mélanome ne semblent pas liés à l’ensoleillement régional

 
Paradoxalement, le mélanome – dont l’exposition aux UV est un facteur de risque - ne montre pas ce même gradient sud-nord (FNORS, 2006)2. Les régions présentant les plus forts taux d’incidence (supérieurs à 12/100 000) sont l’Alsace, la Bretagne et la Basse- Normandie.
La Corse connaît les taux les plus bas de mortalité par mélanome : 1,6/100 000 pour les hommes et 1,0 pour les femmes. Cependant, les chiffres sont à interpréter avec prudence compte tenu du faible nombre de décès recensés.
 
 
 
 
 
 

Alors ? Exposition au soleil = risque de mélanome ?

 
L’exposition chronique au soleil est associée à un moindre risque de développer un mélanome (OMS IARC 2008)3
Ce sont surtout les expositions intermittentes et intenses, les coups de soleil, qui augmentent le risque de mélanome (Bataille 20094, AFSSAPS 20055).
 
Dans l’esprit du grand public, on associe fréquemment soleil et mélanome. Ce raccourci est une mauvaise compréhension des messages délivrés lors des campagnes d’information et de prévention sur le mélanome.
Ces messages indiquent qu’il faut se protéger du soleil aux heures les plus chaudes, où le risque de brûlure est maximal. En effet, le principal facteur de risque associé au mélanome semble être, d’après de nombreuses études, les expositions intermittentes et intenses et également les coups de soleil sévères, notamment dans l'enfance (AFSSAPS 2005)5, (Marsden, 2010)6
Une exposition régulière, comme c’est le cas par exemple pour les travailleurs en extérieur, aurait au contraire, selon les études menées dans le monde entier, un effet protecteur sur le risque de mélanome.
 
La conclusion est que tout le monde doit éviter les coups de soleil et que l’exposition intense et intermittente (bains de soleil) devrait être évitée par les personnes à risque de mélanome : phénotype et phototype à risque (personnes à peau claire, aux cheveux blonds ou roux, avec des tâches de rousseur et sensibles aux coups de soleil), présence de nombreux grains de beauté, antécédents de mélanome dans la famille (Marsden, 2010)6.
 
Les récentes recommandations scientifiques anglaises concernant le mélanome rappellent (Marsden, 2010)6 :

« Une exposition au soleil adaptée permettant la synthèse de vitamine D, ou des apports alimentaires suffisants en vitamine D3, est essentielle pour la santé humaine. L’insuffisance de vitamine D est reconnue aujourd’hui comme un phénomène répandu. Il serait donc inapproprié de limiter fortement l’exposition au soleil chez les personnes qui n’ont pas de facteurs de risque [cités plus haut]. »          
 
Si la prévention du mélanome est importante et doit faire éviter les excès de soleil, et inciter les personnes à risque à la prudence, fuir le soleil et les UV est un comportement excessif qui comporte des risques majeurs pour notre santé.
 

 



1. Grant W. An ecological study of cancer incidence and mortality rates in France with respect to latitude, an index for vitamin D production. Dermatoendocrinol. 2010 Apr;2(2):62-7.

2. Fédération nationale des observatoires régionaux de la santé. Ministère de la Santé et des Solidarités. Le cancer dans les régions de France. Mortalité Incidence Affections de longue durée Hospitalisations. Mai 2006. http://www.fnors.org/fnors/ors/travaux/syntheskcer.pdf

3. World Health Organization, International Agency For Research On Cancer. Vitamin D and Cancer. IARC Working Group Reports Volume 5, 2008.

4. Bataille V. Risk factors for melanoma development. Expert Review of Dermatology 2009;45(5):533-539.

5. Afsse, InVS, Afssaps – Ultraviolets – Etat des connaissances sur l’exposition et les risques sanitaires – Mai 2005.

6. Marsden JR, Newton-Bishop JA, Burrows L, Cook M, Corrie PG, Cox NH, Gore ME, Lorigan P, MacKie R, Nathan P, Peach H, Powell B, Walker C; British Association of Dermatologists Clinical Standards Unit. Revised U.K. guidelines for the management of cutaneous melanoma 2010. Br J Dermatol. 2010;163(2):238-56.