Un vrai déficit d’exposition aux UV en France

 
 
Le déficit d’exposition aux UV est un phénomène important à prendre en compte pour notre santé, car il engendre un déficit en vitamine D. La peau est en effet le seul tissu de l’organisme capable de fabriquer de la vitamine D3, sous l’effet du rayonnement UV, puis de la convertir en dérivés actifs. La vitamine D circule et agit dans tout l’organisme, à la manière d’une hormone, pour réguler plus de 1 000 gènes et ainsi renforcer nos os, stimuler nos défenses, limiter la prolifération de cellules anormales, etc. (Tavera-Mendoza 2008)1.
 

Les études scientifiques sont formelles : les français n’ont pas assez de vitamine D une grande partie de l’année (Chapuy 1997)2
La France fait partie des pays d’Europe où les femmes ont les taux de vitamine D les plus bas (Bruyère 2007)3.

 
La prévalence de l’insuffisance et de la carence en vitamine D a fait l’objet d’une grande étude, dans le cadre de la cohorte nationale SUVIMAX.  1 569 personnes, âgés de 35 à 65 ans, vivant en milieu urbain et répartis sur l’ensemble du territoire national, ont été étudiés pendant une période allant de novembre à avril. Il a été clairement démontré que parmi la population étudiée 75 % des personnes présentent une insuffisance en vitamine D (vitamine D < 78 nmol/L ou 31 ng/mL) (Chapuy 1997)2.
Cette étude montre également une dépendance du taux de déficit en vitamine vis-à-vis de l’ensoleillement et de la latitude : les personnes dans le nord de la France seraient plus carencées que dans le sud.
 
Enfin, l’étude a permis de mettre en évidence qu’il n'y a aucune synthèse de vitamine D par la peau en France entre les mois de novembre et mars faute d’exposition solaire suffisante et que la quantité de Vitamine D apportée par l'alimentation n'est pas suffisante pour contrebalancer le déficit de production en hiver (Chapuy 1997)2.
 
Plus récemment, une autre étude a été effectuée sur 196 femmes âgées de 19 à 49 ans en région lyonnaise et dans la Drôme Nord (latitude de 45°) sur une période allant du 1er janvier au 31 mars. Elle a permis de mettre en évidence que l’insuffisance en vitamine D est présente chez 96 % des jeunes femmes et que ce déficit n’est pas comblé par les apports nutritionnels (Le Goaziou 2009)4.
 
Quand aux hommes, l’une des rares études qui leur est spécifiquement consacrée en France retrouve 94 % d’insuffisance vitaminique D chez les hommes âgés de 19 à 59 ans vivant dans les Rhônes-Alpes et la Gironde. Ils sont 27 % à avoir une carence sévère (25(OH)D ≤ 30 nmol/l [12 ng/ml]) (Dupraz 2011)5.
 
 
Carte du monde de l’intensité des UVB : la France est située à une latitude où l’intensité des UVB est insuffisante la majeure partie de l’année pour la synthèse de vitamine D par notre peau (Tavera-Mendoza 2008)1
 
 
La France est carencée en vitamine D. Ce problème de santé publique a pourtant des solutions simples, notamment de nous « réconcilier » avec le soleil et les UV en nous exposant davantage, régulièrement et sans excès.
 
 

L’évolution de notre mode de vie explique notre « déficit » solaire

 
L’être humain est, depuis des millénaires, acclimaté à une exposition au soleil variant régulièrement au rythme des saisons. Notre physiologie s’est adaptée et, sous nos latitudes, une peau claire permet de capter le maximum d’UV en hiver, puis de s’adapter grâce au bronzage pour modérer la pénétration des UV en plein été.
Avec l’industrialisation et le développement d’un mode de vie citadin, de plus en plus enfermé et protégé, notre rapport au soleil s’est modifié :
• les « filtres » se sont multipliés :
- vêtements plus ou moins couvrants selon l’âge, la saison, le milieu social et culturel,
- travail en bureau à l’abri de vitrages parfois filtrants,
- crèmes cosmétiques dont la proportion de filtres UV augmente sans cesse,
- filtres solaires à très hauts indices de protection.
• parallèlement, les vacances et le développement des transports aériens favorisent les changements brusques de comportement vis-à-vis du soleil : au lieu d’une exposition moyenne étalée sur l’année, l’individu subit des pics d’exposition intense liés aux vacances au ski, à la mer ou aux voyages dans des pays plus chauds (Afssaps 2005)6.

En quelques décennies, le rapport de l’Homme au soleil a été bouleversé : les périodes de carence solaire succèdent aux périodes de surexposition. Il nous faut donc :
• nous protéger du soleil dans certaines circonstances,
• nous exposer davantage aux UV quand notre mode de vie et/ou la saison créent un déficit d’exposition : le recours aux cabines d’UV trouve une place légitime en complément de l’exposition solaire insuffisante.
 
 

L’enrichissement artificiel de notre alimentation en vitamine D n’est pas une solution pertinente

 

La supplémentation en vitamine D par voie orale est une solution difficile à mettre en place et à appliquer et peut comporter des risques : (OMS IARC 2008)7 
• La dose exacte quotidienne n’est pas connue et il y a une très grande disparité des recommandations d’apports de vitamine D selon les pays, les personnes et les âges.
• Il y a des risques de surdosage.
• L’OMS / IARC émet des doutes sur la sécurité à long terme d’une consommation de suppléments vitaminiques D au-delà de 25 µg/jour.

Enfin, Le Goaziou et coll. signalent également l’aspect économique : « les aliments enrichis en vitamine D sont d’un coût supérieur qui les rend inaccessibles à une population précarisée (les femmes les plus carencées sont significativement plus des femmes au foyer et en situation de précarité) » (Le Goaziou 2009)4.

A contrario, la synthèse de vitamine D grâce au soleil et aux UV comporte de nombreux avantages :
• Elle est très efficace : l’exposition en maillot de bain à 1 SED équivaut à l’apport oral de 10 à 25 000 UI de vitamine D (Holick 2003)8  
• La production maximale de vitamine D sous l’effet du soleil intervient à des doses sub-érythémales. C’est à dire qu’on n’a pas besoin d’attraper un coup de soleil pour produire suffisamment de vitamine D (OMS IARC 2008)7.
• Elle est plus durable : la vitamine D produite dans la peau sous l’influence des UV peut durer au moins deux fois plus dans la circulation que celle que nous ingérons (Holick 2011)9
• Elle est sûre : si les travailleurs d’extérieur et les personnes à peau claire vivant dans les pays ensoleillés n’ont jamais d’intoxication par la vitamine D, c’est dû à des mécanismes photo-chimiques et de photo-dégradation (la vitamine D3 produite dans la peau est en partie dégradée sous l’effet de la lumière solaire, ce qui représente un phénomène d’auto-régulation) qui préviennent tout risque de surproduction de vitamine D par la peau (OMS IARC 2008)7.
• Elle est disponible : il suffit de s’exposer raisonnablement aux UV du soleil, ou quand ils sont absents à ceux des cabines UV mais avec modération et sous le contrôle d’un professionnel respectant la Charte de l'IFSS et proposant le diagnostic solaire.

 
Le soleil est crucial pour la synthèse de vitamine D et en même temps, il en limite l’excès (OMS IARC 2008)7.
« Le soleil est de loin la meilleure et la plus fiable source de vitamine D pour la plupart des humains. » (Holick 2011)9
 

 


 

1. Tavera-Mendoza L, White J. La vitamine du soleil. Pour la Science – n°365 mars 2008.
2.Chapuy MC, Preziosi P, Maamer M, Arnaud S, Galan P, Hercberg S, Meunier PJ. Prevalence of vitamin D insufficiency in an adult normal population. Osteoporos Int 1997;7(5):139-44.
3. Bruyère O, Malaise O, Neuprez A, Collette J, Reginster JY. Prevalence of vitamin D inadequacy in European postmenopausal women. Curr Med Res Opin. 2007 Aug;23(8):1939-44.
4. Le Goaziou M, Dupraz C, Martin A, Martinand N, Quinault P, Schott AM, Laville M, Contardo G. L’hypovitaminose D chez les femmes jeunes : une réalité sous-estimée. Cah Nut Diet 2009;44(6):264-272
5.Dupraz C, Pigache C, Martin A, Gerard A, Le Goaziou M. Prevalence and risks factors of vitamin D deficiency in an adult male population in primary care. European Journal of General Practice, 2011;17:34–57.
6. Afsse, InVS, Afssaps – Ultraviolets – Etat des connaissances sur l’exposition et les risques sanitaires – Mai 2005.
7. World Health Organization, International Agency for Research on Cancer. Vitamin D and Cancer. IARC Working Group Reports Volume 5, 2008.
8. Holick F. Vitamin D: A Millenium Perspective. Journal of Cellular Biochemistry 2003;88:296–307.
9. Holock MF, Binkley NC, Bischoff-Ferrari HA, Gordon CM, Hanley DA, Heaney RP, Murad MH, Weaver CM. Evaluation, treatment and prevention of vitamin d deficiency : an endocrine society clinical practice guideline. J Clin Endocrinol Metab 2011;96(7):1911-30.