Un vrai déficit d’exposition aux UV en France
Les études scientifiques sont formelles : les français n’ont pas assez de vitamine D une grande partie de l’année (Chapuy 1997)2.
La France fait partie des pays d’Europe où les femmes ont les taux de vitamine D les plus bas (Bruyère 2007)3.
Cette étude montre également une dépendance du taux de déficit en vitamine vis-à-vis de l’ensoleillement et de la latitude : les personnes dans le nord de la France seraient plus carencées que dans le sud.
L’évolution de notre mode de vie explique notre « déficit » solaire
Avec l’industrialisation et le développement d’un mode de vie citadin, de plus en plus enfermé et protégé, notre rapport au soleil s’est modifié :
• les « filtres » se sont multipliés :
- vêtements plus ou moins couvrants selon l’âge, la saison, le milieu social et culturel,
- travail en bureau à l’abri de vitrages parfois filtrants,
- crèmes cosmétiques dont la proportion de filtres UV augmente sans cesse,
- filtres solaires à très hauts indices de protection.
• parallèlement, les vacances et le développement des transports aériens favorisent les changements brusques de comportement vis-à-vis du soleil : au lieu d’une exposition moyenne étalée sur l’année, l’individu subit des pics d’exposition intense liés aux vacances au ski, à la mer ou aux voyages dans des pays plus chauds (Afssaps 2005)6.
En quelques décennies, le rapport de l’Homme au soleil a été bouleversé : les périodes de carence solaire succèdent aux périodes de surexposition. Il nous faut donc :
• nous protéger du soleil dans certaines circonstances,
• nous exposer davantage aux UV quand notre mode de vie et/ou la saison créent un déficit d’exposition : le recours aux cabines d’UV trouve une place légitime en complément de l’exposition solaire insuffisante.
L’enrichissement artificiel de notre alimentation en vitamine D n’est pas une solution pertinente
La supplémentation en vitamine D par voie orale est une solution difficile à mettre en place et à appliquer et peut comporter des risques : (OMS IARC 2008)7
• La dose exacte quotidienne n’est pas connue et il y a une très grande disparité des recommandations d’apports de vitamine D selon les pays, les personnes et les âges.
• Il y a des risques de surdosage.
• L’OMS / IARC émet des doutes sur la sécurité à long terme d’une consommation de suppléments vitaminiques D au-delà de 25 µg/jour.
Enfin, Le Goaziou et coll. signalent également l’aspect économique : « les aliments enrichis en vitamine D sont d’un coût supérieur qui les rend inaccessibles à une population précarisée (les femmes les plus carencées sont significativement plus des femmes au foyer et en situation de précarité) » (Le Goaziou 2009)4.
A contrario, la synthèse de vitamine D grâce au soleil et aux UV comporte de nombreux avantages :
• Elle est très efficace : l’exposition en maillot de bain à 1 SED équivaut à l’apport oral de 10 à 25 000 UI de vitamine D (Holick 2003)8
• La production maximale de vitamine D sous l’effet du soleil intervient à des doses sub-érythémales. C’est à dire qu’on n’a pas besoin d’attraper un coup de soleil pour produire suffisamment de vitamine D (OMS IARC 2008)7.
• Elle est plus durable : la vitamine D produite dans la peau sous l’influence des UV peut durer au moins deux fois plus dans la circulation que celle que nous ingérons (Holick 2011)9.
• Elle est sûre : si les travailleurs d’extérieur et les personnes à peau claire vivant dans les pays ensoleillés n’ont jamais d’intoxication par la vitamine D, c’est dû à des mécanismes photo-chimiques et de photo-dégradation (la vitamine D3 produite dans la peau est en partie dégradée sous l’effet de la lumière solaire, ce qui représente un phénomène d’auto-régulation) qui préviennent tout risque de surproduction de vitamine D par la peau (OMS IARC 2008)7.
• Elle est disponible : il suffit de s’exposer raisonnablement aux UV du soleil, ou quand ils sont absents à ceux des cabines UV mais avec modération et sous le contrôle d’un professionnel respectant la Charte de l'IFSS et proposant le diagnostic solaire.
« Le soleil est de loin la meilleure et la plus fiable source de vitamine D pour la plupart des humains. » (Holick 2011)9
1. Tavera-Mendoza L, White J. La vitamine du soleil. Pour la Science – n°365 mars 2008.
2.Chapuy MC, Preziosi P, Maamer M, Arnaud S, Galan P, Hercberg S, Meunier PJ. Prevalence of vitamin D insufficiency in an adult normal population. Osteoporos Int 1997;7(5):139-44.
3. Bruyère O, Malaise O, Neuprez A, Collette J, Reginster JY. Prevalence of vitamin D inadequacy in European postmenopausal women. Curr Med Res Opin. 2007 Aug;23(8):1939-44.
4. Le Goaziou M, Dupraz C, Martin A, Martinand N, Quinault P, Schott AM, Laville M, Contardo G. L’hypovitaminose D chez les femmes jeunes : une réalité sous-estimée. Cah Nut Diet 2009;44(6):264-272
5.Dupraz C, Pigache C, Martin A, Gerard A, Le Goaziou M. Prevalence and risks factors of vitamin D deficiency in an adult male population in primary care. European Journal of General Practice, 2011;17:34–57.
6. Afsse, InVS, Afssaps – Ultraviolets – Etat des connaissances sur l’exposition et les risques sanitaires – Mai 2005.
7. World Health Organization, International Agency for Research on Cancer. Vitamin D and Cancer. IARC Working Group Reports Volume 5, 2008.
8. Holick F. Vitamin D: A Millenium Perspective. Journal of Cellular Biochemistry 2003;88:296–307.
9. Holock MF, Binkley NC, Bischoff-Ferrari HA, Gordon CM, Hanley DA, Heaney RP, Murad MH, Weaver CM. Evaluation, treatment and prevention of vitamin d deficiency : an endocrine society clinical practice guideline. J Clin Endocrinol Metab 2011;96(7):1911-30.
